Le chien de chasse et son univers sensoriel

La psychologie canine, qui a fait l’objet d’études scientifiques et précises, reste fort complexe. Deux sciences différentes nous permettent de mener à bien de telles études : la psychologie et la physiologie. La psychologie s’intéresse au comportement de l’animal dans une situation précise, alors que la physiologie traite du mécanisme résultant du processus organique.
Cet univers apparaît très différent du nôtre. Les sens les plus développés chez le chien sont l’odorat, l’ouïe et peut être la vue.
L’odorat : Buytendjik a une définition précise de la puissance de l’odorat chez le chien. « Il perçoit des substances pour nous inodores : quinine, solutions diluées d’acide chlorhydrique, d’acide sulfurique ; des odeurs organiques (urines, sang, poils) sont senties même en solutions étendues, et reconnues spécifiquement ; cela explique l’importance que revêt pour le chien le réseau d’information très efficace constitué par les traces d’urine que cet animal dépose en tous les points de son domaine naturel. Sont particulièrement bien perçus, avant tout, les acides gras et en général tous les acides. »

Il apparaît que l’odorat et lui seul constitue l’univers olfactif du chien. La sensibilité olfactive varie selon les individus et les circonstances. Les différentes substances de la nature émettent des particules chimiques qui se dissolvent dans le mucus nasal et atteignent ainsi les terminaisons nerveuses de la muqueuse correspondante. Ces considérations physiologiques expliquent le fonctionnement de l’odorat. Plusieurs facteurs peuvent modifier la sensibilité olfactive : une inflammation, une blessure, une fatigue ou des variations importantes de la température ambiante. Cette dernière se situe idéalement entre 15° et 200. La nature même du sol joue un rôle important dans cette perception : un vent violent sur un terrain sec, un marécage, un sol mouillé, etc., la modifient. Interviennent également, et sur l’individu lui même, la nourriture, la fatigue, le psychisme, les odeurs avoisinantes.
Le gibier joue un rôle important, selon sa catégorie, le temps où il est resté posé, l’endroit, l’âge, le nombre de pièces, etc. Il semble donc réalisable de déterminer l’olfaction idéale : un temps un peu frais, un vent léger et un sol herbeux. S’il est malheureusement difficile de trouver réunis tous ces éléments, un bon dressage progressif et régulier donnera au chien la possibilité de développer son odorat.

L’ouïe : comparativement à celle de l’homme, l’oreille du chien est beaucoup plus sensible. Nous n’enregistrons que les sons compris entre 20 000 et 30 000 vibrations par seconde, alors que le chien perçoit en plus la gamme des ultra-sons (35 000 vibrations par seconde). Aussi beaucoup de chasseurs emploient le sifflet dit « à ultra sons », qui n’est pratiquement entendu que par le chien, et à des distances de l’ordre de cinq cents mètres. Le chien est très sensible aux sons, il distingue des différences d’un quart de ton. C’est une des raisons qui font qu’il ne se trompe jamais en entendant la voix ou les pas de son maître, et qu’il peut même reconnaître facilement, entre deux voitures de marque identique, le bruit du moteur correspondant à celle de son maître.
Cette sensibilité de l’ouïe peut être une des causes de la peur des « coups de feu ». Un exercice progressif, avec une variation de l’intensité du bruit, aidera à rétablir une sensibilité normale.

La vue : tout le monde doit savoir que, par rapport à l’odorat et à l’ouïe, la vue du chien est très faible. On pourrait même l’assimiler à un myope, son rayon de vision se révélant beaucoup plus court que le nôtre. Par contre, sa vision latérale est plus importante que chez l’homme, environ 130°. D’après les études faites par Pavlov et Smith, le chien ne posséderait pas de vision chromatique, ce qui nous empêche de le conditionner aux ondes lumineuses. En revanche, il distinguerait très bien les formes : carré, cercle, etc. Des études sur ce sujet ont été faites par Buytendjik. En dressage et à courte distance, nous employons beaucoup les gestes, qui sont très bien perçus.